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Voilà cinquante ans que le CETMA (Centre d’Ethno-technologie en Milieux Aquatiques) a été fondé, à l’issue de l’Assemblée générale du 21 février 1971, sous le patronage d’André Leroi-Gourhan, d’André-Georges Haudricourt, de Théodore Monod et de Michel Mollat. Le premier bureau exécutif élu fut composé de François Beaudouin, alors conservateur du Musée de la Batellerie de Conflans-Sainte-Honorine, accompagné d’Aliette Geistdoerfer, Bernard Koechlin et Françoise Aubaile-Sallenave, chercheurs au CNRS et membres fondateurs de l’association. Le CETMA est alors hébergé par la Chaire des Pêches Outre-mer, dirigée par Théodore Monod, et dispose d’une bibliothèque comprenant plusieurs revues spécialisées ainsi que d’une salle de consultation et de réunion. Il publiera les Cahiers d’Anthropologie maritime.
Appelé à l’origine Ethno-technologie en Milieux Aquatiques, le CETMA avait pour mission de « recenser, centraliser et développer les études et recherches sur l’homme et ses activités en rapport avec le milieu aquatique » et « de constituer un fichier centré sur plusieurs disciplines : écologie et ethnoécologie, linguistique, technologie et ethno-technologie, économie, archéologie et ethnohistoire, en vue de procéder à l’établissement d’une documentation sur les techniques en milieu aquatique, […] et à une redistribution de l’information à toute personne intéressée ».
Préalablement aux Cahiers d’anthropologie maritime paraîtront, entre 1972 et 1979, quatre Bulletins d’Ethno-technologie en Milieux Aquatiques (matériaux-méthodes-systématiques). Le premier numéro des Bulletins a pour ambition de faire connaître les activités de cette nouvelle structure, avec l’appui du CNRS par l’octroi d’une aide individuelle, et de la Chaire des Pêches Outre-mer. Le CETMA se donne dès ses débuts pour ambition de rassembler toutes les personnes qui consacrent ou désirent consacrer leurs efforts à ces études. Le tirage et brochage de ce premier numéro est réalisé au Laboratoire d’Ethnobotanique alors dirigé par le Professeur Roland Portère : il témoigne d'une collaboration interdisciplinaire d’avant-garde au Muséum entre sciences humaines et sciences de la vie (fondamentales et appliquées).
Le CETMA affiche sa volonté de mettre en réseau chercheurs, étudiants ou autres acteurs du monde professionnel susceptibles d’étudier et/ou d’accumuler de la documentation sur « les activités de l’homme en rapport avec le milieu aquatique », avec le désir d’une humanisation du fait technique. Précisément, « l’importance et la spécificité de ces activités justifient un développement urgent de leur connaissance » du fait de l’accélération d’une transformation des sociétés en cours. Au début des années 1970, l’éparpillement et le faible niveau de développement de la recherche en sciences humaines et sociales sur ces sujets contrastent en effet avec le développement galopant des travaux menés en sciences océanographiques et hydrologiques.Depuis toujours, les membres du CETMA insistent sur l’intérêt que représente l’étude des faits techniques dans l’étude des groupes sociaux, avec le désir d’une humanisation du fait technique. Cette option méthodologique est essentielle en ce qu’elle permet d’insérer les techniques « dans un faisceau de relations, notamment écologiques, linguistiques, sociales.
Dans le prolongement de ses activités de recherche, d’enseignement, d’accroissement des collections documentaires et de diffusion des connaissances sur ces sujets, l’association publie, en 1984, son premier Cahier d’Anthropologie maritime. Cinq cahiers paraîtront par la suite ( en 1985, 1988, 1992 et 1995) ete CETMA bénéficiera de la RCP 719 Anthropologie Maritime (Recherche coopérative sur Programme) du CNRS, qui deviendra GDR (Groupe de Recherche) 719 Anthropologie maritime, sous les responsabilités d’Aliette Geistdoerfer et de Jacqueline Matras-Guin.
Couvertures des cinq tomes de la revue du CETMA © Muséum national d'histoire naturelle
Dans ce premier Cahier, Aliette Geistdoerfer revient, dans un préambule intitulé « Ethnologie des activités halieutiques », sur l’état des connaissances en sciences humaines et sociales dans un domaine d’étude encore peu développé et centralisé, particulièrement en France. Cette situation contraste significativement avec les travaux engagésen Grande-Bretagne, dans les pays scandinaves, au Québec et au Canada. Elle revient également sur les premiers développements, en France, de cette branche de l’ethnologie, avec les recherches de François Beaudouin et René-Yves Creston, rappelant au sujet de ce dernier la tenue, en 1954, d’un Congrès d’Ethnographie et de Folklore de la Mer à Porto, ainsi que la création, en 1960, au Congrès d’Anthropologie, d’une commission dédiée à « l’ethnologie maritime ». Elle insiste sur le fait que ce domaine de recherche en sciences humaines et sociales est susceptible d’initier un « décloisonnement » scientifique et une « collaboration concrète » entre chercheurs de différentes disciplines, étant entendu que « collaboration ne signifie pas confusion ». Cette collaboration est d’autant plus nécessaire que les populations vivant sur les littoraux, marins, fluviaux et lacustres n’ont été étudiées que partiellement. Elle permettrait donc de produire un savoir total d’autant plus urgent que ces recherches sont « un enjeu social et politique, local, régional et national considérable ».
Depuis les premiers travaux de classification/catégorisation/systématique du CETMA il y a 50 ans, jusqu’à l’appréhension de la dimension politique des mesures de gestions des activités de pêches et d’appropriation des territoires maritimes et littoraux, s'impose l'option méthodologique sur laquelle continuent de s’appuyer les membres et associés du CETMA : celle de la plus rigoureuse étude des faits techniques.