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Accrochage du 9 février au 5 avril 2024 dans la salle de lecture de la bibliothèque Yvonne-Oddon, au quatrième étage du musée de l’Homme. Accessible aux horaires habituels d’ouverture de la bibliothèque : du lundi au vendredi, de 11h à 18h.
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Le 10 février 2024 marque le début d’importantes célébrations festives dans presque toute l’Asie et de par le monde, dans les communautés expatriées : le Nouvel an lunaire. Chaque année est placée sous le patronage d’un des douze animaux symboliques, et après le lapin en 2023 (le chat au Vietnam), c’est sous le signe du dragon qu’est placée l’année 2024. C’est le seul animal mythique du zodiaque oriental, qui comprend aussi le rat, le buffle, le tigre, le serpent, le cheval, la chèvre, le singe, le coq, le chien et le cochon, animaux issus de l’environnement sauvage et domestique de Chine et d’Asie du Sud-Est.
A cette occasion, les bibliothèques du Muséum proposent sur leur site du musée de l'Homme, une sélection de sérigraphies et gravures sur bois provenant de Chine et de Taïwan, illustrant l’iconographie traditionnelle associée à cette créature légendaire. La bibliothèque Yvonne-Oddon conserve un fonds de plus de 500 imprimés de ce type, issu de trois dons importants : par Françoise Dautresme, héritière du collectionneur François Dautresme, par le Centre culturel de Taïwan à Paris et par le chercheur sinologue Christophe Comentale.
La figure du dragon est présente dans les mythologies chinoises les plus anciennes. On le retrouve dans la littérature populaire comme érudite, dans l’architecture impériale et religieuse, dans la sculpture et dans la décoration en général (objets du quotidien, vaisselle, etc.). Il constitue la figure la plus fortement chargée de vitalité et de ce fait le plus représenté des motifs décoratifs chinois.
Créature mythologique, il s’avère hybride, rassemblant des caractères empruntés à de multiples représentants du règne animal. Son corps est composé d’une tête de chameau dotée de cornes de cerf, d’yeux de lapin, d’oreilles de buffle, d’un nez de serpent, de moustaches et barbe de bouc, est recouvert d’écailles de carpe, avec des pattes de tigre dotées de griffes d’aigle, cette description pouvant varier suivant les sources.
L’interprétation iconographique du dragon varie suivant les contextes où on le rencontre. Dans l’imagerie impériale ancienne, il représente l’empereur lui-même, et se trouve alors souvent associé à un phœnix, symbolisant l’impératrice. Dans la mythologie, les dragons sont nombreux : dragon du ciel, dragon de la terre, dragon-esprit, dragon gardien de trésors, ou encore les quatre roi-dragons, régnant chacun sur une des mers bordant le territoire. L’élément aquatique est central chez le dragon : il est le roi des eaux, et fait tomber la pluie (dragon du ciel) ou jaillir les sources (dragon de la terre).
Parmi les gravures exposées, une représentation d'un épisode du roman classique Pèlerinage à l'Ouest met en scène un dragon. Histoire ancienne compilée au XVIe siècle par l’écrivain Wou Tch’eng-en, ce récit légendaire rapporte les pérégrinations du moine bouddhiste Xuanzang qui voyagea au VIIe siècle jusqu’en Inde pour collecter des textes bouddhiques et les ramener en Chine. Dans son voyage semé d’épreuves et de rencontres variées, il sera accompagné par quatre personnages, le Roi singe Sun Wukong, un dragon changé en cheval qui sert de monture au moine, un bonze s’attachant à pratiquer la vertu, et enfin un cochon ou sanglier, se préoccupant surtout de trouver de la nourriture et de fonder une famille. Ceux-ci vont mettre leurs talents variés au service de Xuanzang pour racheter leurs fautes, et ainsi amener les textes sacrés en Chine, suivant la volonté des divinités. La scène ici présentée dépeint la joie du singe qui vient de récupérer par la ruse un bâton magique conservé par Ao Kuang, le roi dragon de l’océan oriental.
Anonymes et datées sans doute des années 1980, ces estampes témoignent de l’appropriation populaire de la culture classique ancienne, mouvement qui perdure aujourd’hui encore à travers des adaptations audiovisuelles à destination de la jeunesse (Son Goku, personnage du manga Dragon Ball d’Akira Toriyama, est directement inspiré de Sun Wukong). À la fois décoratives et éducatives, ces images imprimées sur un support fragile trouvent place dans les maisons des particuliers, et sont renouvelées chaque année tout comme les images sacrées associées au Nouvel an.