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La fondation de la bibliothèque du Muséum

« On sent déjà ce qui manque au Jardin des Plantes : c’est une bibliothèque d’histoire naturelle, de chimie, de minéralogie, d’anatomie : c’est la collection de tous les livres qui ont trait aux sciences qu’on y professe »

Georges Toscan, Mémoire sur l’utilité de l’établissement d’une bibliothèque au jardin des Plantes, Paris, Impression du Cercle social, 1793, Muséum national d’Histoire naturelle, 8° Res 232

Décret 1793, 4° Res 236
Décret de la convention nationale 
1793
Muséum national d’Histoire naturelle, 4° Res 236
Décret de la convention nationale de 1793, Muséum national d'histoire naturelle, 4° Res 236
Decret de la convention nationale
1793
Muséum national d’Histoire naturelle, 4° Res 236

 

Créé par lettre patente de Louis XIII dès 1626, le « Jardin royal des plantes médicinales » ouvre ses portes au public en 1640. Un cabinet y est destiné à la conservation d’un échantillon de toutes les drogues préparées ainsi qu’aux « choses rares en la nature ». A partir du XVIIIe siècle, les activités du Jardin, devenu « Jardin du Roy », ne se limitent plus à la matière médicale et s’étendent à l’ensemble des sciences naturelles, tandis que le droguier d’origine devient « Cabinet d’histoire naturelle » ; il renferme certainement déjà des livres, voire des manuscrits et des estampes accessibles au personnel du Jardin ainsi qu’au public qui y est accueilli plusieurs fois par semaine, mais nous n’avons qu’une idée très imprécise de l’importance et de la composition de ce fonds, faute de liste ou de catalogue.

La Révolution transforme en profondeur le fonctionnement du Jardin. A la suite d’une première « adresse des Officiers du Jardin des Plantes & du Cabinet d’Histoire Naturelle », lue à l’Assemblée nationale, un décret publié le 20 août 1790 demande la présentation d’un « Projet de règlement pour l’établissement ». Un projet de réforme est rapidement achevé, et soumis à l’Assemblée Nationale le 9 septembre 1790, lors d’une « Seconde adresse ». Il prévoit l’établissement d’une institution d’histoire naturelle, sous le contrôle de l’État, et réforme les relations sociales entre les savants qui y travaillent en égalisant le statut professionnel et la rémunération de tous les naturalistes. Il transfère le contrôle du Jardin, rebaptisé Muséum d’histoire naturelle, entre les mains des naturalistes eux-mêmes, devenus professeurs-administrateurs. L’Assemblée ne donne cependant pas suite – la guerre et l’effondrement de l’autorité monarchique après la tentative de fuite du roi, réduisent l’importance de questions comme la réforme des institutions savantes. Les naturalistes poursuivent leur campagne : une brochure contenant les deux adresses et le projet est diffusée à deux mille exemplaires, mais il faut attendre le 9 juin 1793 pour que Lakanal, député à la tête du Comité d’instruction publique, après une visite au Jardin, se voit remettre par Daubenton un exemplaire du projet de 1790. Le lendemain, une version abrégée de la Seconde adresse et du Projet est lue aux députés par Lakanal, et les réformes sont votées1. Le Jardin du roi devient le Muséum d’histoire naturelle. Il est désormais dirigé par douze professeurs, qui élisent l’un d’entre eux comme directeur pour un an. Ce régime de direction annuelle dure jusqu’en 1863.

L’Histoire de la nature des oyseaux, Belon, 1555, Fol Res 26. Provenance : Couvent des Grands-Augustins (Mention manuscrite page de titre).
Pierre Belon
L'histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions & naïfs portraicts retirez du naturel 
Paris, 16e siècle
Muséum national d’Histoire naturelle, Fol Res 26
L’Histoire de la nature des oyseaux, Belon, 1555, Fol Res 26. Provenance : Couvent des Grands-Augustins (Mention manuscrite page de titre).
Pierre Belon 
L'histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions & naïfs portraicts retirez du naturel
Paris, 16e siècle
Muséum national d’Histoire naturelle, Fol Res 26

 

Dans le titre III du décret du 10 juin 1793, la Convention décrète : « Le premier étage du bâtiment occupé jusqu'ici par l'intendant du jardin des plantes & de son cabinet d'histoire naturelle, sera réservé en entier pour recevoir une bibliothèque nécessaire au complément du Muséum. » Contrairement aux bibliothèques fondées jusqu’alors, qui devaient embrasser tout le savoir humain, elle est destinée à recevoir uniquement des ouvrages consacrés à l’étude de la nature.

Les premiers directeurs du Muséum, Daubenton et Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836) s’attachent particulièrement à la constitution du fonds de cette bibliothèque. Dès le 20 août 1793, le ministre de l’Intérieur écrit simultanément à Chamfort, bibliothécaire de la Bibliothèque nationale, à Hubert-Pascal Ameilhon, bibliothécaire de la Ville de Paris en charge des dépôts littéraires parisiens ainsi qu’à la Commission des monuments, afin qu’ils fassent mettre de côté et envoyer au Muséum les collections destinées à sa bibliothèque. Le 12 décembre 1793, les boiseries de la bibliothèque des Carmes de la Place Maubert sont saisies et transportées au Jardin, afin « d’accélérer l’établissement de la bibliothèque du Muséum, ordonné par le titre 3 du Décret du 10 juin ».

Si la Bibliothèque nationale fournit peu de doubles, en revanche plusieurs milliers d’ouvrages issus des confiscations révolutionnaires, provenant notamment de la toute proche abbaye de Saint-Victor (2302 volumes) ainsi que du couvent des Minimes (2200 volumes) sont prélevés dans les dépôts. La collection royale des Vélins, alors renfermée dans soixante-cinq portefeuilles de maroquin rouge aux armes de Louis XIV, est transférée de la bibliothèque nationale au Muséum.

Le premier bibliothécaire du Muséum est nommé en juillet 1794. Dans sa lettre de candidature, conservée à la Bibliothèque centrale, Georges Toscan (1756-1826), assure être « un des premiers qui ait conçu le projet de l’établissement d’une bibliothèque d’histoire naturelle au jardin des plantes. Le mémoire, ci-joint, qui fut imprimé au commencement de l’année 1793, en fournit la preuve. » Il estime que la bibliothèque renferme déjà 15 000 volumes. Elle ouvre au public le 7 septembre 1794, dans les locaux prévus par le Décret.

Lettre du Ministre de l’Intérieur 20 août 1793 ( AJ15) :
Lettre du Ministre de l'Intérieur
20 août 1793
Muséum national d’Histoire naturelle, AJ 15
Lettre saisie boiseries bibliothèque des Carmes place Maubert (AJ 15)
Lettre de saisie des boiseries de la bibliothèque des Carmes, place Maubert
18e siècle
Muséum national d’Histoire naturelle, AJ 15

 

Au fonds initial viennent s’ajouter les prises de guerre de l’Empire, les échanges, dès 1802, avec les Annales du Muséum, les concessions ministérielles ainsi que des dons, des legs et des achats remarquables : les 8000 volumes de la bibliothèque de Georges Cuvier (1769-1832) et l’ensemble de ses papiers scientifiques, les manuscrits de botanique et la majeure partie de la bibliothèque familiale constituée par la dynastie des Jussieu aux XVIIIe et XIXe siècles, la précieuse bibliothèque ornithologique de Charles-Lucien Bonaparte (1803-1857), les archives et les 3000 livres de la bibliothèque scientifique et personnelle du chimiste Michel-Eugène Chevreul (1786-1889).

Bientôt à l’étroit dans l’emplacement prévu à l’origine, la bibliothèque est transférée en 1822 au premier étage de la Maison de Buffon, où elle demeure jusqu’en 1841, date à laquelle elle emménage dans la galerie Louis-Philippe (actuelle galerie de minéralogie) édifiée par l’architecte du Muséum Charles Rohault de Fleury (1801-1875).
Malgré des travaux d’agrandissement en 1890, et un réaménagement en 1933, l’espace ne permet plus de contenir les 600 000 volumes de ses collections. L’architecte Henri Delaage est chargé de la construction d’une nouvelle bibliothèque, à l’arrière de la galerie de zoologie (aujourd’hui la grande galerie de l’évolution) ; celle-ci est inaugurée il y a 60 ans, le 26 juin 1963.


1 Voir Emma C. Spary, Le Jardin d’utopie. L’Histoire naturelle en France de l’Ancien Régime à la Révolution : http://books.openedition.org/mnhn/2202 et Joseph Fayet, La Révolution française et la science, 1789-1795, Librairie Marcel Rivière, 1960, Muséum National Histoire Naturelle, 208 917, p.115