Rechercher
Du lundi 23 janvier au vendredi 24 février 2017
Du lundi au vendredi de 10h à 18h
Au printemps 2016, un ensemble de plusieurs centaines d’estampes chinoises ont intégré les fonds de la bibliothèque Yvonne-Oddon : d’une part, environ 200 estampes de Nouvel an données par Christophe Comentale, chercheur sinologue au Musée de l’Homme, de l’autre, une centaine de sérigraphies taïwanaises provenant du centre culturel de Taiwan à Paris. Anciennes et contemporaines, elles ont une signification propitiatoire. D’autres dons, notamment les pièces de Françoise Dautresme, ont tout récemment rejoint cette manne initiale.
Dans la Chine, qui reste un pays agricole, parmi les différents centres de production de gravures de Nouvel an, deux sont pluriséculaires, au Nord, dans un faubourg de Tianjin, le centre de Yangliuqing, pour le Sud, près de Suzhou, Taohuawu. Les sujets restent très liés à l’environnement, ainsi les greniers à blé souvent visités par les souris doivent être protégés par les chats. Les gravures sont collées sur les portes des silos afin de jouer ce rôle.
La gravure sur bois est, certes, bien connue par les fonds d’images japonaises rassemblées depuis plus d’un siècle dans les musées et bibliothèques occidentaux et français. Paradoxalement plus rares que les estampes japonaises du fait notamment de la très relative ouverture de la Chine à l’étranger avant son entrée à l’OMC en 2001, le fonds d’estampes chinoises qu’abrite la bibliothèque est composé principalement de gravures sur bois et de sérigraphies. Un florilège de gravures est exposé en ce début d’année lunaire chinoise, en janvier-février 2017.
L'origine du nom « Cheval de papier » est due au fait que l'image était souvent ornée d'une vignette représentant un cheval, monture d'un dieu destinée à emmener celui-ci dans le ciel.
Ces images des dieux sont imprimées à l'encre à partir d'une matrice de bois gravée en relief. En revanche, le support est encore souvent un papier à base de bambou, parfois teinté en jaune ou en rose. Sur le sujet au trait, sont passées à la brosse plate ou au pinceau plutôt épais, des taches de couleurs en lavis, principalement en jaune, en vert, en rouge, en violet ou en bleu.
Le nom s’est étendu à toutes ces images liées au syncrétisme de la religion populaire, qui tire sa richesse d’une nature peuplée de divinités nombreuses, et des religions plus officielles que sont le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme. Les petites pièces sont souvent collées dans un recoin de la porte de la maison ou sur un meuble à protéger.
Porteuses aussi de bonheur, les estampes collées sur les portes pour le Nouvel an lunaire, restent des manifestations populaires importantes de liesse et d’espoir. Gravées jusque dans les années 70 par des personnes plus ou moins habiles pour traduire différents épisodes de la vie quotidienne, les artistes se sont également mis à en réaliser depuis lors par d’autres moyens techniques, sérigraphie ou encore numérique. Elles sont réalisées pour des fêtes comme celles des Lanternes, des Bateaux-dragons, de la mi-automne, mais le Nouvel an reste la plus importante. En général, l’œuvre sert à faciliter l’obtention d’une faveur auprès des dieux locaux populaires, taoïstes ou bouddhiques : santé, argent, réussite sociale,…
L’estampe de Nouvel an comprend l’estampe pour lampion, l’estampe de fenêtre, l’estampe de rideau, l’œuvre d’autel,… On trouve aussi des monnaies d’offrande, des charmes de protection gravés.
Les pièces vont parfois en pendant avec les gardiens des portes, les estampes des fenêtres, les enfants des portes, on les appelle aussi les paires parallèles [duiping 对平]. Les dimensions vont d’un à cinq pieds (un pied vaut en moyenne 0,333 m).
Pour les gardiens des portes, différentes variantes existent : la représentation la plus fréquente montre deux généraux majestueux, imposants, debout, mais ils peuvent tout autant être à cheval. Deux guerrières les remplaceront parfois dans des positions identiques.
Zhongkui, le lettré malheureux est des plus fréquemment représentés car tout en combattant les démons, il est aussi symbole du bonheur, ce qui lui vaut la faveur du grand public. Les couleurs de ses vêtements sont, notamment pour la robe, traduites dans une palette qui varie de l’orange vermillon au rouge cinabre. Il est souvent représenté épée en main, maintenant du pied un démon agenouillé.
Pour les estampes exécutées pour la pleine lune, le format est très spécifique : ces œuvres de type yueguang (ou yuanguang), sont de format rond, sans usage complètement codifié. Elles traitent fréquemment du thème de la belle Chang’E s’envolant vers la lune pour échapper à son époux. La lune, astre nocturne a suscité nombre d’images dans lesquelles reviennent différents personnages et objets ou minéraux. Elle abrite le lapin de lune qui pilonne des plantes médicinales sous un cannelier devant le Palais de la Lune. La lune est liée à la fête de la mi-automne, fête qui remonte à la dynastie des Song (10e-12e siècle). Elle tombe le 15e jour du 8e mois lunaire. Pendant la fête, les familles nobles faisaient décorer leurs résidences et les gens du peuple se rassemblaient dans les restaurants pour admirer la pleine lune. En même temps, on confectionnait des gâteaux de lune et on les offrait en sacrifice à la lune. Sous la dynastie des Qing [1644-1911 (1916)], les habitants du sud vénéraient la lune en brûlant de l’encens en forme de boisseau, enveloppé dans du papier multicolore. On y mettait aussi des décorations de papier, comme par exemple des oriflammes et le portique décoratif du Palais de la Lune. Après avoir rendu hommage à la lune, on consumait tous ces objets en papier.
Le coq, 10e animal du zodiaque chinois – dont 2017 est l’année à partir du 28 janvier – est également très souvent dépeint. Sa prononciation est l’homophone du caractère ji 吉qui signifie propitiatoire.
La période du Nouvel an lunaire, fête mobile, tombe entre janvier et février, est une période de grisaille dans les régions autour du Fleuve jaune. Des calendriers représentant le dieu du foyer et son épouse sont édités pour l’occasion, ils sont entourés de motifs porte-bonheur ; la division du temps qui est imprimée sur ces images est parfois imprimée séparément, la matrice iconographique peut ainsi être utilisée pour d’autres compositions. Par ailleurs, pour lutter contre le temps maussade, des éléments de décoration par exemple de fleurs et d’oiseaux, deviennent des sortes de bandeaux qui agrémentent les fenêtres ou autres endroits qui captent une source de lumière naturelle.
Ce premier florilège d’œuvres présentées en salle de lecture sera suivi en octobre 2017 d’une sélection plus développée de sérigraphies.
Rédacteur : Christophe Comentale
Charrier-Arrighi Nathalie et Comentale Christophe, Estampes chinoises de la bibliothèque Yvonne Oddon. in : Art et métiers du livre, 2017 (318), pp. 50-57 : ill. en noir et en coul. Cote Bibli. MH : AM 2 MH AML
Comentale Christophe, Les estampes chinoises : invention d'une image. Paris : Éd. Alternatives, 2003. 143 p. : ill. en noir et en coul. Bibliogr. Cote Bibli. MH : DS 720 COM
Comentale Christophe et Fougères-Salazar, Priscilla, Estampes du Nouvel an chinois et images d’Epinal : collections Wang Shucun et Henri George. Pékin : Institut central des Beaux-Arts, centre culturel français, 2007. 79 p. : ill. en coul. Cote Bibli MH : DS 720 COM
[Exposition. Issy-les-Moulineaux, Musée français de la carte à jouer. 2004]. Les images porte-bonheur populaires en Chine : aux sources de l'art moderne et de l'avant-garde : exposition du 12 janvier au 29 février 2004, ville d'Issy-les-Moulineaux, Musée français de la carte à jouer / [catalogue par] Christophe Comentale. Paris : You-Feng, 2004. 225 p. : ill. en noir et en coul., carte. Bibliogr. p. 223-225. Cote Bibli. MH : DS 720 COM
Gao, Jinlang. Yun Nan paper horse. Ha'erbin : Heilongjiang mei shu chu ban she, 1999. 77 p. : ill. en noir et en coul. Cote Bibli MH : B 33052
New year pictures of Weifang, Shantung. Jinan : People’s publication house of Shantung, 1978. 54 f. de pl. : ill. en coul. Cote Bibli MH : B 33051