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Lorsque la photographie devient un outil scientifique indispensable et apparaît en parfaite concordance avec les objectifs et méthodes d’une science en renouveau, l’anthropologie physique.
Fondée en 1859 par Paul Broca et reconnue d’utilité publique par décret impérial le 21 juin 1864, la Société d’Anthropologie de Paris (SAP) a pour but l’étude de l’Homme sous tous ses aspects, à la fois physiques (anatomiques, morphologiques, physiologiques, évolutifs...) et culturels (socio-religieux, psychologiques, géographiques...), à travers diverses disciplines : préhistoire, ethnographie, démographie, médecine, etc.
A ses débuts, la Société était composée pour moitié de médecins et naturalistes mais elle admettait des membres indistinctement et sans exiger aucun diplôme universitaire ou autre. Toute personne simplement désireuse de contribuer, ne fût-ce que par sa cotisation, auprès de la science anthropologique pouvait donc être admise dans la Société. Tous les sociétaires jouissaient des mêmes droits de communication, présentation, discussion, publication, usage des collections et de la bibliothèque.
Les orientations étaient décidées par un Comité central (devenu Conseil d’administration en 1914), désigné par un noyau élargi composé par les fondateurs de la Société ensuite par cooptation. Un règlement particulier, soumis à l’approbation du Ministère de l’Instruction publique, déterminait les conditions d’administration intérieure et en général toutes les dispositions de détails propres à assurer l’exécution des statuts. Aucun changement ne pouvait être apporté aux statuts sans l’approbation du gouvernement.
La société a connu son apogée en termes d’effectif et de rayonnement scientifique mondial sous Broca, puis un lent déclin jusqu’à l’entre-deux-guerres. C’est avec la personnalité et le dévouement d’Henri-Victor Vallois et de ses successeurs que la SAP a repris peu à peu sa place sur la scène de l’anthropologie mondiale.
Si aujourd’hui la SAP ne traite que d’anthropologie biologique, elle a toutefois gardé sa position centrale au carrefour des autres sciences. En effet, sa spécificité repose sur le positionnement de l’Homme biologique au cœur de son raisonnement. Cela consiste en une approche interdisciplinaire en y intégrant des exigences nouvelles (biologie moléculaire, génétique et paléogénétique, imagerie tri-dimensionnelle, archéologie funéraire, auxologie, alimentation, etc.).
De nos jours, les moyens d’action de la Société d’Anthropologie de Paris sont principalement la publication d’une revue scientifique internationale, les Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, ainsi que l’organisation d’une réunion scientifique annuelle, elle aussi de dimension internationale. Elle distribue également des prix scientifiques (prix de la Société d’Anthropologie de Paris et prix du meilleur poster) et tient chaque année, en jumelage avec la réunion scientifique, une conférence grand-public.
Rapatrié du Musée de l’Homme, le fonds d’archives est arrivé à la Bibliothèque centrale du Muséum national d'Histoire naturelle suite à un dépôt fait par la Société d’Anthropologie de Paris en 2010. Les archives étaient regroupées par thèmes, sans réelle organisation ou plan de classement. Cependant, nous savons qu’à ses débuts, la SAP a employé un archiviste qui avait pris soin de noter les documents (correspondance, manuscrits, candidatures etc.) à leur arrivée et de les classer thématiquement. Il a consigné ses notes dans des registres dont seul un volume est actuellement conservé. Malgré cette volonté d’organisation, le classement d’origine des documents a été totalement perdu suite aux multiples déménagements. De même, nous avons constaté de nombreuses disparitions.
Nous sont cependant parvenus de nombreux dossiers de gestion administrative et financière, des dossiers de correspondance, des dossiers de préparation de publications ainsi qu’une importante collection iconographique répartie dans l’ensemble du fonds.
La Bibliothèque du Muséum conserve en effet quinze albums constitués grâce aux dons des différents sociétaires : Paul Broca, Désiré Charnay, Léonce Manouvrier, Adrien de Mortillet, B. Benzengre ou Franz Pruner-Bey… Ils rassemblent une collection d’images, avant tout composée de photographies.
Dans les treize premiers albums, sont regroupés des photographies, cartes postales, croquis, dessins et lithographies. Ces illustrations sont organisées par régions du monde (Europe, Asie, Afrique du Nord, Afrique, Amérique, Océanie) puis par thématiques (ethnographie, monuments préhistoriques, préhistoire, craniologie, histoire naturelle et malformations). Les clichés typographiques parus dans les Mémoires de la Société d’anthropologie de Paris et le Bulletin et Mémoires de la Société) entre 1859 et 1926 composent les figures des albums n° 14 et 15.
Ces albums sont à mettre en parallèle avec le registre d’entrée des dons où sont détaillées les modalités de réception des images en indiquant leur numéro et date d’entrée dans la collection, l’auteur du ou des clichés, une description sommaire, le nom du donateur, le nombre de photographies composant le lot et enfin, une lettre de classement. En outre, les dates de réalisation sont rarement connues, ainsi que les noms des photographes ou auteurs des dessins, gravures et estampes. Nous remarquons, grâce à ce registre, que trois sous-séries ordonnaient la collection :
Toutes les illustrations listées dans ce cahier ne sont pas présentes dans les albums ; les portraits de la série B ne sont pas conservés dans cette collection. A l’inverse, d’autres clichés non répertoriés sont venus l’enrichir.
Lorsque la Bibliothèque du Muséum a accueilli les albums, ce classement originel était déjà perdu. Toutefois, sur beaucoup d’images figure encore le numéro d’entrée et parfois la lettre indiquant la série ou la section dans laquelle elles avaient été placées. Il a donc été possible de faire le lien entre ce registre et les images archivées et parfois, de réattribuer une légende à certaines photographies.
La collection présente essentiellement des portraits en buste ou en pied, pris en studio ou sur place lors de voyage, des paysages, des scènes de vie, des photographies de groupe, des monuments et lieux historiques, notamment de l’époque préhistorique. Sont également conservées des photographies d’animaux et d’autres d’ordre médical.
Servant d’exemples lors de conférences ou de communications, ces illustrations étaient sommées d’être parfaitement objectives de par la rigueur scientifique qu’elles étaient censées refléter. De fait, durant la deuxième moitié du XIXè siècle, la photographie met en avant la ressemblance exacte au modèle et devient donc l’instrument adapté à la réalisation de prise de vue réaliste et semble pouvoir se substituer au sujet représenté. Cette conviction confère à l’image photographique une valeur de preuve irréfutable par rapport au dessin.
La validité scientifique de la photographie s’appuie en outre sur la quantité de clichés possédés. Cette approche quantitative et statistique va alors conduire à de grands projets de récoltes et / ou de distributions photographiques.
Plus que l’esthétique formelle, la collection d’images de la Société d’Anthropologie de Paris ambitionnent la connaissance et la compréhension du monde tout en mettant l’accent sur les spécifications de la typologie de l’être humain selon des caractères morphologiques, ethniques ou sociaux. Ces faits mettent en lumière une approche avant tout médicale et physique de l’Autre et une vision particulière de la discipline anthropologique soutenue par la Société qui transparaît aussi bien à travers les sujets traités que les légendes attribuées, eux-mêmes enjeux d’histoire et de mémoire. Outil au service de l’anthropologie naissante, cette collection remplit une fonction illustrative et descriptive, tout en ayant une valeur de documentation et de témoignage auprès des scientifiques.
Jehel, Pierre-Jérôme « Une illusion photographique », Journal des anthropologues [En ligne], 80-81 | 2000, mis en ligne le 01 juin 2001, consulté le 20 janvier 2017. URL : http://jda.revues.org/3139
Jehel, Pierre-Jérôme, Photographie et anthropologie en France au XIXè siècle, Mémoire de DEA « Esthétique, sciences et technologie des arts », Université Paris VIII. Saint-Denis. Sous la direction de André Rouillé et Sylvain Maresca, 1994-1995. [En ligne] Consulté le 20 février 2017. URL : http://cinema.anthropologie.free.fr/Anthropologie%20audiovisuelle/photo_anth19e.pdf