Guy Stresser-Péan, 1913-2009
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Guy Stresser-Péan
1953
Photothèque Stresser-Péan |
Guy Stresser-Péan représenta l’Anthropologie française au Mexique pendant plus de soixante ans. Il le fit dans la lignée des Français qui au cours du XIXème siècle apportèrent une contribution essentielle à la connaissance du passé de ce pays, comme Guillaume Dupaix, Charles E. Brasseur de Bourbourg, Rémi Siméon, Joseph-Marius Aubin, Ernest T. Hamy... et comptèrent parmi les principaux fondateurs de l’Américanisme. Pourtant dans sa jeunesse, Guy Stresser-Péan avait rêvé de devenir africaniste. Mais le hasard et la décision de Paul Rivet, alors directeur du Musée de l’Homme en décidèrent autrement : il fut envoyé en Amérique, au Mexique, pour sa première mission. Il s’attacha à ce pays au point d’y retourner et d’y passer sa vie entière. Il y rencontra celle qui allait devenir son épouse et sa première collaboratrice, Claude Gantès.
Après un bref séjour à L’Ecole des Sciences Politiques, Guy Stresser-Péan Guy entreprend des études supérieures à cheval entre les sciences humaines et les sciences de la nature. Il suit des cours à l’Institut d’Ethnologie avec l’intention de se spécialiser en préhistoire et en paléontologie humaine en même temps qu’il assiste à ceux du grand historien des religions Marcel Mauss. En 1936, juste après l’obtention des certificats d’ethnologie-lettres et d’ethnologie-sciences, Paul Rivet, directeur du Musée de l’Homme, lui confie une mission au Mexique assortie d’une bourse. Jacques Soustelle, alors sous-directeur de ce Musée lui conseille de s’intéresser aux Huastèques.
Guy Stresser-Péan part pour le Mexique après une escale aux Etats-Unis où il rencontre George Vaillant1 et Frans Blom. Il y reste deux ans, en majeure partie sur le terrain, dans les états de San Luis Potosi et de Veracruz. Il assiste au rituel du Volador, apprend la langue huastèque et fait ses premières armes d’ethnologue. Il est convié aux cérémonies, recueille les croyances cosmologiques, note les rituels, photographie. Il rencontre les grandes personnalités du l’anthropologie mexicaine, Alfonso Caso, Wigberto Jimenez Moreno, Ignacio Bernal, Daniel Rubin de la Borbolla… et se lie d’amitié avec elles. |
Le Mexique où il arrive est un pays particulièrement foisonnant de projets économiques, sociaux et scientifiques, conçus pendant le mandat (1934-1940) du président Lazaro Cardenas. Il est alors le premier pays d’Amérique Latine, à s’ouvrir sur son passé ainsi que sur son présent indigène. Un caractère officiel est donné à cette politique avec la création en 1940 de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire ainsi que de l’Institut National Indigéniste. Le pays est aussi devenu une terre d’accueil pour les réfugiés politiques d’Allemagne, d’Autriche et d’Espagne, parmi lesquels se trouvent d’éminents scientifiques qui contribueront à son développement scientifique et culturel, en particulier dans le domaine de l’anthropologie. Avec certains d’entre eux, Paul Kirchhoff, Friedrich Katz, Pedro Bosch Gimpera, Pedro Carrasco, Angel Palerm, Juan Vivo… et bien d’autres, Guy Stresser-Péan tisse de solides liens d’amitié. |
De retour en France, réformé avant que n’éclate la deuxième guerre mondiale, Guy a pour un temps la charge du département de préhistoire au Musée de l’Homme. Il suit aussi les cours du linguiste André Martinet et de l’anthropologue-linguiste André-George Haudricourt. Il obtient les certificats de géographie physique et de géologie, de géologie-stratigraphie et de géographie humaine. Guy Stresser-Péan est aussi reçu au certificat d’histoire des religions dont l’enseignement est donné par l’océaniste Maurice Leenhardt qui lui confie une série de conférences sur la mort dans le Mexique ancien. En même temps, avec les encouragements de Paul Rivet et George Dumézil, il obtient le diplôme de l’Ecole des Hautes Etudes, en 1947, avec un mémoire sur le rituel du Volador. Grâce à ce titre universitaire, Guy Stresser-Péan peut assurer les conférences de la chaire Duc de Loubat au Collège de France. Pendant la même année, recommandé par Paul Rivet, il entre au CNRS comme attaché de recherche. |
C’est surtout après la 2ème guerre mondiale que Guy commence à se constituer une bibliothèque américaniste. Il ne cessera jamais d’acquérir des livres (ouvrages fondamentaux, périodiques, ouvrages rares) acquis dans des ventes aux enchères ou dans des librairies, pour sa bibliothèque parisienne, et plus tard pour celle de Mexico. |
En 1950, Guy Stresser-Péan reçoit une bourse de la Fondation Rockefeller pour une durée de deux ans qui finance son voyage, son séjour au Mexique et lui donne toutes les facilités pour visiter aux USA les institutions jugées dignes d’intérêt dans sa spécialité. Dans ce pays, il rencontre et souvent se lie d’amitié avec les anthropologues américanistes les plus importants, Ekholm, Brew, Willey, Pollock, Tozzer, Thompson, George Kubler, Bebbet, Conkli, Kroeber, Spinden, Linton Satterhwaite, Forster, Stirling, Redfield, Anderson, Wauchope... Au Mexique, où il retrouve ses collègues mexicains et européens rencontrés lors de son premier séjour, il entreprend quelques voyages. Il passe cependant la plupart de son temps dans la Huasteca, guidé par deux idées maîtresses : la cohabitation de deux groupes ethniques (huastèques et nahuas) et l’importance du rituel du Volador. Il remplit des carnets de notes sur les toponymes, les croyances, coutumes et danses traditionnelles. |
Sa bourse terminée, Guy-Stresser-Péan revient à Paris où il est nommé professeur d’histoire des religions d’Amérique à l’EPHE 5ème section, poste qu’il occupe jusqu’à 1961. A partir de 1956 il partage également l’année entre Paris et le Mexique où il continue ses recherches ethnologiques. Il participe aussi, aux côtés de Gordon Wasson et Roger Heim à une étude sur les champignons hallucinogènes. |
En 1960, la Mission archéologique et ethnologique française au Mexique est créée. Appuyé par André Parot, Guy Stresser-Péan en devient le premier directeur, poste qu’il conserve jusqu’en 1977, épaulé dans cette tâche par son épouse Claude. Cette création est l’aboutissement d’un projet formé dès 1950, par Pedro Bosch Gimpera et Paul Kirchhoff représentants des autorités mexicaines de la recherche et de l’éducation supérieure qui désiraient tisser des liens avec les institutions équivalentes européennes, en particulier françaises et allemandes. |
La Mission devait, selon le vœu des autorités mexicaines réaliser à parts égales des travaux en archéologie et en ethnologie. Guy Stresser-Péan outrepassa ce vœu : il réalisa huit films documentaires ethnologiques sur la Huasteca, la plupart en collaboration avec son épouse ; il entreprit ou fit entreprendre aux chercheurs de la Mission des recherches dans les domaines de la botanique, de la géologie, de la géographie et de l’épigraphie. Bien que son terrain d’étude ait été la Huasteca, il dirigea des ethnologues chez les Nahuas de Puebla (Marie-Noëlle Chamoux), les Otomis (Jacques Galinier), les Pames de San Luis Potosi (Heidi Chemin), les Totonaques de la Sierra Norte de Puebla (Alain Ichon). En collaboration avec son épouse il fonda une maison d’édition aux sigles de la Mission : M.A.E.F.M. |
Sa trajectoire professionnelle ne s’arrêta pas en 1977, avec la retraite, libéré des tâches administratives, Guy Stresser-Péan continua son travail de chercheur et se mit à écrire. Il publia sept ouvrages en plus des 70 articles scientifiques en français, anglais et espagnol qu’il avait auparavant écrits. |
C’est lui qui renforça, plus qu’aucun autre, la présence scientifique française au Mexique et en Amérique Centrale au Guatemala, Honduras et Panama. |
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Anne-Marie Wohrer
Octobre 2011 |
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1 - Il traduit de l’anglais son ouvrage « Les Aztèques du Mexique», Payot , 1951. |
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