En résonance avec l’exposition « Sur la piste des grands singes » présentée dans les espaces d’exposition temporaires de la Grande galerie de l’évolution, la Direction des bibliothèques présente une sélection d’images de singes, petits et grands, tirées des livres, des estampes et des aquarelles conservés dans les collections du Muséum, et en particulier les œuvres de sa prestigieuse collection des vélins.
Cabinet d'histoire du Jardin des Plantes - 57 rue Cuvier 75005 Paris.. Tous les jours de 10 h à 17 h, sauf le mardi. |
Malgré une présence très forte dans l’imagerie médiévale, dont il est un motif régulier, le singe n’apparaît que peu et tardivement dans les ouvrages de zoologie : certes, il n’est pas oublié par les grands naturalistes de la Renaissance (comme dans l’ouvrage du zoologiste allemand Conrad Gessner, grand compilateur de la science antique, que l’on a pu le voir à la Galerie de l’Evolution dans l’exposition « Sur la piste des grands singes »), mais peu d’ouvrages en montrent la diversité et en exposent les caractéristiques, dans un monde où les frontières reculent sans cesse entre les mondes connus et les terra incognita… Habituel, symbolique, amusant, très (trop ?) proche de nous, le singe est encore jusqu’à la fin du XVIIIe siècle un animal certes familier, mais assez mal connu, comme le montrent les représentations suivantes.
The Anatomy of a Pygmie Compared with that of a Monkey, an Ape, and a Man.
Edward Tyson (1650 -1708)
Londres, John Hoskins, 1751
Provenance : G. Cuvier, bibliothèque centrale du MNHN, 1 111 planches 1, 3, 4 et 5
![]() Orang-Outang tiré de Icones arborum, fructium et herbarum exoticarum quarundam a Raio, Mentzelio, aliisque botanophilis quidem descriptarum, ast, non delineatarum |
![]() Sapajou et guenon. Estampe tirée de Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux |
![]() Ourang-Outang et sa femmelle tiré de Traité de l'existance, de la nature et des propriétés du fluide des nerfs |
![]() Singes de l'île de Bornéo, animaux amenés par le capitaine Nicles, de l'île de Bornéo tirée de Recueil de planches ou figures de zoologie, gravées pour la plupart et remontant en partie au XVIII° siècle |
La page de titre du premier cahier de ce manuscrit indique qu’il s’agit de la « Collection des animaux de Chine tirée de celle de l’Empereur ». Le calligraphe, inconnu, poursuit ainsi sa description : « On n’a pas envoyé les animaux imaginaires ou fabuleux. M. Bertin le ministre a dans son cabinet une pareille collection envoyée en présent par les missionnaires français de Pékin. J’ai reçu la mienne en octobre 1797 de M. Bourgeois ».
Outre le caractère exceptionnel de cet ensemble iconographique qui permet d’entrevoir les collections impériales chinoises et de mesurer la richesse des échanges scientifiques et culturels entre l’extrême Orient et l’Occident à la fin du XVIIIe siècle, on peut s’étonner que l’auteur indique que seuls les animaux supposés non imaginaires ont été envoyés.
Et de fait, les singes, dont l’identification semble pourtant hasardeuse, ont été rapprochés des espèces décrites par le zoologiste anglais Johnston (1603-1675). On s’étonnera moins de relever grâce à ce manuscrit une preuve supplémentaire de l’intérêt d’Henri-Léonard Bertin, secrétaire d’état de Louis XV de 1763 à 1780, pour la Chine, dont il se fait envoyer des ouvrages grâce aux missionnaires jésuites ( en particulier le père François Bourgeois ).
Fondateur de plusieurs écoles vétérinaires, dont celle d’Alfort, Bertin, élu membre honoraire de l’Académie des sciences en 1761, est également passionné par les questions d’agriculture. On trouve ainsi à la Bibliothèque nationale de France un manuscrit intitulé « Serres chaudes des chinois et fleurs qu’ils y conservent », provenant également des collections de Bertin et qui permet de faire un parallèle intéressant avec la collection zoologique conservé au Muséum.
Créée au début du 17e siècle par le frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, la collection des vélins du Muséum est le fruit d’un travail de près de trois siècles. Les peintures à l’aquarelle sur vélin qui la composent allient précision scientifique et virtuosité artistique ; elles tentent, à leur façon, de conserver pour l’avenir une trace de toutes les espèces végétales et animales qui composent la nature. Tâche infinie, travail insensé, mais dont l’utopique entreprise se devait d’être lancée, puis poursuivie au fil des siècles.
Si on se penche sur les espèces de singes qui y sont représentées, on constate que l’ensemble de la collection, à l’exception de deux planches, est produite au XIXe siècle. Un certain nombre d’entre elles sont peintes dès les premiers temps de la Ménagerie du Muséum ouverte en 1794, où les singes sont dès les premières années célèbres et nombreux. Au fil des années, les représentations de singes dans la collection des vélins se multiplient à mesure que les collections vivantes s’enrichissent.
Callitriche / Simia sabaea, Maréchal (Nicolas) |
Blanc-nez / Simia petaurista,, Maréchal (Nicolas) |
Cynocéphale / Simia cynocephalus / Babouin mâle jeune, Huet (Nicolas) |
[Mandrille], Maréchal (Nicolas) |
[Mandrille maimon], Maréchal (Nicolas) |
Hamadryas / Simia hamadryas, Huet (Nicolas) |
Coaïta / Simia paniscus, Wailly (Léon de) |
[Sajou / Sapajou], Maréchal (Nicolas) |
[Sajou / Sapajou], Maréchal (Nicolas) |
Saï à gorge blanche avec son petit / Cebus hypoleucus Cuv, Wailly (Léon de) |
Saï à gorge blanche / Cebus hypoleucus Cuv,, Wailly (Léon de) |
Sagouin, Reglers (J) |
Dès 1804, la jeune ménagerie du Jardin des plantes, établie 10 ans plus tôt, connaît un grand succès ; beaucoup d’animaux exotiques s’y offrent aux regards de spectateurs nombreux et enthousiastes. La Ménagerie devient vite un cadre privilégié pour le travail des naturalistes mais aussi des dessinateurs auxquels le Muséum confie la tâche d’agrandir la collection de vélins.
Afin d’en agrandir l’audience, les professeurs de cet établissement décident en 1804 de présenter les principaux dessins dans un très bel ouvrage intitulé La Ménagerie du Muséum national d’histoire naturelle ou les animaux vivans, peints d’après nature, sur vélin, par le citoyen Maréchal, peintre du Muséum, et gravés au Jardin des plantes avec l’agrément de l’Administration, par le citoyen Miger, graveur, membre de la ci-devant Académie royale de peinture. On peut donc mettre aujourd’hui en regard cette publication et les peintures exécutées pour la collection des vélins.
Guenon barbique / Simia latibarba Themin / Guenon à face pourpre Buff, suppl 7, vol 8, 80, Anonyme |
Guenon barbique, cabinet de Themminck, Anonyme |
Guenon barbique, cabinet de Themminck, Anonyme |
Magot / Simia inuus, Maréchal (Nicolas) |
[Hurleur], Wailly (Léon de) |
[Hurleur], Wailly (Léon de) |
[Ouistiti], Wailly (Léon de) |
[Ouistiti], Wailly (Léon de) |
Dans son Histoire naturelle, Buffon fait la part belle aux singes. Ils occupent les tomes XIV (1766) et XV (1767) de son ouvrage monumental et clôturent ainsi les volumes consacrés aux mammifères.
Commençant son travail sur les singes, Buffon tient à faire une mise au point sur cette large famille qui intrigue l’homme depuis longtemps. Il conclut ainsi sa Nomenclature des Singes: « Ainsi ce singe, que les Philosophes, avec le vulgaire, ont regardé comme un être difficile à définir, dont la nature était au moins équivoque et moyenne entre celle de l’homme et celle des animaux, n’est dans la vérité qu’un pur animal, portant à l’extérieur un masque de figure humaine, mais dénué à l’intérieur de la pensée et de tout ce qui fait l’homme ». Il dresse ensuite une liste exhaustive de toutes les espèces de singes connues. Comme pour le reste de son ouvrage, les répercussions de ce texte et de ses illustrations remarquables sont immenses, comme le montrent les très nombreuses rééditions, suites, traductions et copies qui en sont faites jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle.
![]() Squelette du singe de Wurmb tiré de Histoire naturelle des singes, faisant partie de celle des quadrupèdes de Buffon |
![]() Scheletro della scimia di Wurmb tiré de Storia naturale delle scimie |
![]() L'Orang-outang tiré de Histoire naturelle, générale et particulière par Leclerc de Buffon. Tome 35 : Des singes |
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Séries d'iconographies de singes tirée de Histoire naturelle des singes et des makis
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Dans les papiers qui ont été donnés au Muséum par la famille de Georges Cuvier et de son frère cadet Frédéric, on trouve une admirable série de dessins de mammifères qui ont servi à illustrer l’Histoire naturelle des mammifères, avec des figures originales coloriées, dessinées d’après les animaux vivants.
Publié « sous l’autorité de l’Administration du Muséum d’Histoire naturelle », ce magnifique ouvrage publié en 72 livraisons par Belin, puis Blaise, entre 1819 et 1842, est l’oeuvre du zoologiste Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, professeur au Muséum, et de Frédéric Cuvier, le frère du célèbre anatomiste et paléontologue, qui devient directeur de la jeune ménagerie du Muséum fondée en 1794. Cet ouvrage est particulièrement remarquable pour ses illustrations, oeuvre du lithographe Charles-Philibert de Lasteyrie (1759-1849).
![]() Mazikina mâle |
A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les voyageurs changent un peu leur façon de raconter leurs expéditions. Il ne s’agit plus tant de découvrir de nouvelles espèces que de décrire aux amateurs restés en France l’atmosphère de ces contrées lointaines où vivent tant d’animaux extraordinaires et sauvages. C’est donc l’animal à l’état de nature qui est au coeur de ces récits, d’autant que pour ce qui est de la contemplation des spécimens eux-mêmes, les métropolitains ont le loisir d’aller les observer dans les parcs zoologiques, où les singes, à l’instar de Max et Maurice à la ménagerie du Muséum, font toujours recette…
![]() Singes tirés de L'Afrique sauvage |
Dessins et croquis des orangs-outans Max et Maurice, pensionnaires de la Ménagerie |
De nombreux ouvrages consacrés aux singes présentés ci-dessous peuvent être consultés à la médiathèque située au rez-de-chaussée de la Bibliothèque centrale du Muséum.
comment venir à la bibliothèque centrale
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